Anomalies fonctionnelles d’Ikaros au cours du lupus

Présentation du projet de recherche

Grâce à vous, ce projet de recherche est financé en 2013!

En situation normale, notre organisme produit une très grande diversité de lymphocytes B qui chacun fabrique un type d’anticorps différent. Cette diversité permet de reconnaître une grande variété de pathogènes, et est un élément essentiel de l’immunité. Malheureusement, elle résulte également en la présence de certains lymphocytes B capables de fabriquer des anticorps qui reconnaissent des molécules du soi (c’est à dire des constituants de notre propre organisme). Ces lymphocytes B « auto-réactifs » sont normalement neutralisés et incapables de répondre efficacement aux stimulations qui induisent la production d’anticorps. Dans certaines maladies auto-immunes comme le lupus, cette neutralisation est défectueuse: des lymphocytes B auto-réactifs produisent des auto-anticorps qui initient une cascade pathologique qui conduit à la destruction de tissus de l’organisme. Deux types de mécanismes peuvent aboutir à la levée de cette neutralisation: les lymphocytes B peuvent avoir des défauts intrinsèques qui les rend plus sensibles aux stimulations, ou d’autres cellules peuvent émettre des signaux anormaux qui peuvent « réveiller » ces cellules.

Activité des lymphocytes B dans le lupus

Dans le lupus érythémateux systémique, des lymphocytes B fabriquent des anticorps contre certains constituants cellulaires, comme l’ADN ou les protéines qui entourent l’ADN. Des études génétiques menées en Chine et en Angleterre chez des patients atteints de lupus ont récemment identifié des variations naturelles de certains gènes qui prédisposent au développement de cette maladie. L’un de ces gènes est Ikzf1. Il code pour une protéine appelée Ikaros, dont la fonction est de se fixer à des régions particulières de l’ADN pour allumer ou éteindre d’autres gènes. Le lien entre Ikaros et lupus n’est pas bien compris. Une équipe chinoise a cependant montré que les leucocytes sanguins de patients atteints de lupus contiennent souvent une quantité moindre d’Ikaros, ce qui suggère qu’une baisse de niveau d’Ikaros pourrait jouer un rôle dans le développement de cette maladie. Les cellules dont la fonction est affectée par ces prédispositions génétiques ne sont pas identifiées. Ces cellules pourraient être les lymphocytes B, ou d’autres cellules qui contrôlent leur activité.

Inactivation d’Ikaros chez la souris

L’étude de modèles animaux permet dans de nombreux cas de mieux comprendre les mécanismes impliqués dans les pathologies humaines. La souris, en particulier, est un modèle de choix car il est possible chez cette espèce d’altérer les gènes de façon précise et ciblée. Par exemple, il est possible de supprimer la fonction d’un gène seulement dans certains types cellulaires. L’équipe co-dirigée par Susan Chan et Philippe Kastner étudie la fonction de la protéine Ikaros chez la souris. Cette protéine joue des rôles importants dans plusieurs types de cellules immunitaires. Ikaros est notamment très important pour les lymphocytes B. Ainsi l’inactivation complète du gène Ikzf1 dans tout l’organisme empêche le développement des lymphocytes B, et les souris mutantes sont donc complètement dépourvues de ces cellules. Ceci souligne l’importance d’Ikaros pour les lymphocytes B, mais empêche aussi l’étude des fonctions d’Ikaros dans la régulation de leur comportement.

Rôle d’Ikaros dans le lupus

L’équipe a généré plusieurs autres lignées de souris qui permettent de contourner ce blocage, et où Ikaros est perdu ou réduit dans les lymphocytes B matures. Nous avons ainsi produit des souris chez qui une quantité résiduelle d’environ 10% de protéines Ikaros reste présente. Ces souris (appelées IkL/L) possèdent des lymphocytes B. En collaboration avec les équipes de Sylviane Muller et Jean-Louis Pasquali de l’Institut de Biologie Moléculaire et Cellulaire de Strasbourg, il a été trouvé que ces souris produisent des auto-anticorps similaires à ceux trouvés dans le lupus (voir figure). De plus, leurs lymphocytes B ont des réponses anormales lorsqu’on les stimule (ils se divisent davantage et meurent moins souvent). Ce genre de défaut est typique du lupus. Ces résultats montrent donc que la baisse de la quantité des protéines Ikaros chez la souris provoque des anomalies des lymphocytes B ressemblant à celles présentes chez les patients atteints de lupus. A ce stade des expériences, il n’était cependant pas clair si Ikaros est requis dans les lymphocytes B ou si le défaut primordial se situe dans d’autres cellules qui indirectement pourraient affecter le comportement des lymphocytes B. Pour aborder cette question, un second modèle de souris a été utilisé, dans lequel Ikzf1 est détruit uniquement dans les lymphocytes B. Ce deuxième type de souris mutantes présente le même type d’anomalies que les souris IkL/L. Ce résultat montre donc qu’Ikaros agit dans les lymphocytes B pour contrôler leur fonction et inhiber la production d’auto-anticorps. Comme nous l’indique Susan Chan, « Nous avons aussi étudié d’un point de vue mécanistique comment Ikaros agit pour exercer ces fonctions. Nous avons trouvé qu’Ikaros contrôle un groupe de gènes dont le rôle est de convertir un signal perçu par les cellules à leur surface en une réponse moléculaire à l’intérieur de la cellule. La dérégulation de ces gènes peut expliquer la réponse exacerbée des lymphocytes B à ces signaux. »

Ces études permettent de mieux comprendre pourquoi des anomalies fonctionnelles d’Ikaros contribuent au lupus, et le modèle de souris utilisé au laboratoire pourrait permettre dans l’avenir de tester l’efficacité de nouveaux traitements. Ces résultats tout à fait intéressants ouvrent des perspectives extrêmement prometteuses pour tous les malades atteints de lupus.

L’équipe

Unité : IGBMC (Institut de Génétique et de Biologie Moléculaire et Cellulaire), Strasbourg
Equipe : « Hématopoïèse et leucémogenèse chez la souris » co-dirigée par Susan Chan et Philippe Kastner.
Composition de l’équipe :1 directeur de recherche INSERM, 1 maître de conférence praticien-hospitalier, 1 chargée de recherche INSERM, 3 post-docs, 4 doctorants, 1 étudiante Master2, 1 assistante-ingénieure.

Le nouveau projet d’Arthritis : « Maquiller son lupus »

La Fondation Arthritis a récemment soumis un projet à TFWA Care qui vient d ’être s’électionné : « Maquiller son Lupus». L’objectif de ce projet est le renforcement de la confiance en soi et l’amélioration de la qualité de vie des femmes atteintes de Lupus à travers des cours de maquillage.

L’éducation thérapeutique du patient (ETP) s’intègre à la prise en charge de toute maladie chronique. Elle participe à l’amélioration de la santé et de la qualité de vie du patient et participe à lui donner une certaine autonomie dans la gestion des risques liés à sa maladie. En France, on estime que 20 à 30 000 patients sont atteints de lupus érythémateux systémique (essentiellement des femmes, jeunes) et pourraient bénéficier d’une Education Thérapeutique du Patient à plusieurs étapes de la maladie.

Le lupus érythémateux systémique (LES) évolue par une succession de poussées pouvant conduire à des atteintes viscérales graves. Le projet proposé par la Fondation Arthritis « Maquiller son Lupus ». a pour but de renforcer l’estime de soi et la qualité de vie des femmes atteintes de lupus érythémateux systémiques, grâce à des leçons de maquillage dédiées. Le projet BASIC, soumis à TFWA Care, a été initié par le Docteur Laurent Chiche et son équipe du CHU de la Conception à Marseille. Au total, un peu plus de 400 patients lupiques y sont régulièrement suivis. Depuis plusieurs années, cette équipe réfléchit à des moyens pour aider leurs patients atteints de cette maladie chronique. Ce programme nommé « BASIC » intègre plusieurs axes, jugés comme absolument prioritaires, dont l’item « S » correspond aux Soins cutanés et à la protection Solaire. (Bébé – Artères – Soleil – Infections – Corticoïde).

TFWA Care, qu’est-ce que c’est ?

TFWA Care (Tax Free World Association) est une initiative de bienfaisance fournissant un soutien ciblé à un nombre limité de bonnes causes. Elle vise à améliorer la vie des personnes dans le besoin, et particulièrement les femmes et les enfants. Sa mission est de distribuer des ressources financières à des organisations humanitaires ou des organismes de bienfaisances à travers des projets concrets.

Focus sur le lupus

Le lupus est une maladie chronique auto-immune évoluant par poussées. Plusieurs organes peuvent être touchés dont les plus fréquents sont la peau, les articulations, le coeur, le poumon et le rein. C’est la raison pour laquelle on parle de lupus disséminé ou « systémique », car cette maladie peut toucher tous les organes du corps humain.

Cette maladie survient plus particulièrement chez les femmes (9 femmes pour 1 homme atteint) entre 15 et 45 ans. Le lupus se caractérise par l’alternance de périodes de poussées (avec symptômes) et de périodes de rémission.

Il peut causer des symptômes tels que des éruptions cutanées, des poussées de fièvre inexpliquées, des douleurs et un gonflement des articulations, des troubles de la vision, etc. Le stress, l’exposition au soleil et la grossesse peuvent déclencher le lupus par un/des mécanisme(s) encore inconnu(s). Les symptômes de la maladie sont très variables d’une personne à une autre.

Rencontre avec le Docteur Laurent Chiche

Hôpital de la Conception, Service de Médecine interne 147, boulevard Baille – 13005 Marseille – 04 91 38 00 00 Consultations de Médecine Interne : 04 91 38 36 12 / 04 91 38 37 60 / 04 91 38 37 61

Laurent, pourriez-vous nous raconter la genèse de ce projet ?

C’est comme souvent un heureux hasard. Je suis médecin-chercheur au CHU de Marseille et mon activité, aussi bien à l’hôpital en tant que docteur qu’au laboratoire en tant que chercheur, se concentre sur cette maladie si particulière qu’est le lupus érythémateux systémique. Depuis quelques années, avec l’aide notable de collègues pharmaciens, nous avons commencé à réfléchir sur les moyens d’aider les patientes atteintes de cette maladie chronique dans leur parcours de soin. Ceci a pris d’abord la forme de la création d’un carnet de suivi autour d’un concept simple ou « B.A.S.I.C. ». Le but de cet acronyme était d’aider patients et soignants à mémoriser simplement les principaux facteurs susceptibles de favoriser un meilleur devenir des patients. La suite logique a été la mise en place, avec le concours d’associations de patients, d’un programme pilote d’éducation thérapeutique au sein du centre de compétence PACA Ouest, programme qui a été validé par notre ARS en 2013 et qui décline différents ateliers autour des thèmes B.A.S.I.C.

Depuis combien de temps travaillez-vous sur ce projet ?

Il y a trois ans, nous avons donc commencé à élaborer le projet que nous appelions « Lupus Beauté Institut », clin d’oeil au film de Tonie Marshall. L’idée était de mettre à disposition d’un maximum de patientes des leçons interactives sous formes de vidéos, en utilisant le Web. La physiopathologie du lupus devait être abordée de la manière la plus pédagogique possible et un travail préliminaire a été réalisé grâce au concours de notre dermatologue référente, de notre patiente experte et de professionnels de la pédagogie et des médias. Puis, nous avons commencé à chercher des fonds, notamment auprès des grands de la cosmétique, mais sans succès… jusqu’à ce jour !

Quelles sont vos relations avec la Fondation Arthritis ?

J’ai rencontré la Fondation lorsque j’ai rejoint l’aventure des séminaires KS*. d’abord sur Paris au siège de l’Inserm, puis lors de l’organisation d’une Webconférence pour les patients atteints de pathologies auto-immunes**. J’avais parlé de notre projet « maquillage » à Lionel Comole qui m’avait promis de revenir vers moi si quelque chose se présentait. Et j’ai eu l’agréable surprise, des mois plus tard, de recevoir un coup de fil de Lionel Comole et Marion Sauvageot pour répondre à cet appel d’offre.

Maintenant que vous avez remporté l’appel d’offre, quelle est la prochaine étape ?

Le script du « film » est déjà bien avancé. Il va falloir réaliser un casting de patientes susceptibles d’assurer les premiers rôles, les confier à notre patiente « experte » maquilleuse sous la caméra non moins experte de notre réalisateur, Jérôme Raynaud. Ensuite, l’équipe de graphiste de The Letter O assurera la mise au format de ces vidéos pour une diffusion par internet sur un site web dédié, d’une part, et sous la forme de DVD d’autre part à destination des nombreux centres de compétences et de références français***. L’ambition est que le DVD puisse servir de support à d’autres patientes expertes pour animer des « ateliers-maquillage du lupus » au sein des programmes d’éducation thérapeutique dédiés qui commencent à voir le jour dans de nombreux centres.

*http://www.inserm.fr/associationsde-malades/seminaires-de-formationketty-schwartz **https://www.fondation-arthritis.org actualites/actualites-fondation/W/webconference-inflammation-et-maladies.html,2,35,10,58,688 *** http://www.lupus-reference.info/

La fondation sur les réseaux