La polyarthrite rhumatoïde est un rhumatisme inflammatoire chronique évoluant par poussées, susceptible d’entraîner inconstamment déformations et destructions articulaires. C’est également une maladie systémique entraînant des manifestations extra-articulaires variées (sang, poumon, muscles, cœur, système nerveux, os …) et parfois grave. Elle touche environ 0.8% de la population et les individus atteints ont le plus souvent entre 40 et 60 ans. Les causes de cette maladie sont encore inconnues mais elles font très certainement intervenir un défaut de l’inflammation et du système immunitaire. La dégradation osseuse : une manifestation secondaire mais pas des moindres Comme vu précédemment, la polyarthrite rhumatoïde se caractérise avant tout par une atteinte de l’articulation. Mais elle se manifeste aussi par une perte osseuse générale qui n’est pas limitée aux os proche des articulations. Ce phénomène dit secondaire n’est pourtant pas à prendre à la légère. En effet, il est très fréquent puisqu’il touche 20 à 30 % des malades, aussi bien les hommes que les femmes et ses conséquences peuvent être graves. Comme l’explique le Dr Blin, " une dégradation anarchique de l’os engendre une libération de calcium dans le sang. Le calcium étant un régulateur du cœur, cela augmente le risque du patient de développer une maladie cardiovasculaire. La dégradation de l’os accroît également le risque de fracture et peut engendrer des douleurs dues à la déformation osseuse ". La prise en charge de ce phénomène est encore limitée du fait du manque de connaissance. L’enjeu est donc de taille. L’os, un tissu en constant renouvellementPour bien comprendre l’origine de ce dérèglement, il faut d’abord se pencher sur le fonctionnement normal de l’os. " Au cours de la vie, l’os se détruit et se crée en permanence. C’est un phénomène physiologique tout à fait normal qui permet le renouvellement de l’os. Chez une personne saine, il existe un équilibre entre la formation et la résorption osseuse ", rappelle le Dr Blin. Cet équilibre est maintenu grâce à deux types de cellules : les ostéoblastes, d’une part, qui produisent de l’os, et les ostéoclastes, d’autre part, qui dégradent l’os. " Dans des situations pathologiques, telles que la polyarthrite rhumatoïde, la dégradation n’est pas compensée par le renouvellement osseux naturel ", commente Claudine Blin. Pourquoi ? Parce que les ostéoclastes, dégradeurs, sont alors hyperactifs. L’activité normale des ostéoblastes, producteurs, ne peut pas contrebalancer cette anomalie, ce qui a pour conséquence le déséquilibre du renouvellement osseux vers un excès de dégradation osseuse. Système immunitaire et os : une histoire fusionnelle Depuis une dizaine d’années, le Dr Blin et son équipe cherche à comprendre ce phénomène et plus particulièrement à identifier le rôle du système immunitaire, connu pour être hyperactif dans la PR. Avec son équipe, elle a récemment mis en évidence, chez la souris, que, non seulement l’hyperactivité du système immunitaire induit des signaux qui activent la production d’ostéoclastes, mais que les cellules immunitaires elles-mêmes peuvent se transformer en ostéoclastes, produisant de facto un déséquilibre entre les deux types cellulaires (producteur et dégradeur). D’autres laboratoires l’avaient montré dans des cellules en culture, mais l’équipe de Claudine Blin est la première à l’avoir montré dans un organisme vivant entier.
Comment ?Pour parvenir à ce résultat, son équipe a utilisé des souris porteuses d’une mutation génétique responsable de la production d’ostéoclastes non fonctionnels. Le renouvellement de l’os est donc impossible et seul la production d’os est effective. Les os de ces souris sont donc complètement remplis, alors qu’ils devraient présenter des trous, comme une éponge. En injectant des cellules immunitaires à ces souris, les chercheurs ont observé que l’os retrouve un aspect normal, preuve que l’activité de dégradation osseuse est retrouvée. Ils en ont conclu que ce sont les cellules immunitaires injectées, elles-mêmes, qui se transforment en ostéoclastes. Et l’homme, dans tout ça ?Cette découverte doit maintenant être vérifiée chez l’homme. Ces cellules immunitaires étant présentes dans le sang, il suffit d’une prise de sang d’un patient pour les prélever. Les chercheurs tenteront alors de cultiver ces cellules en laboratoire pour observer leur capacité à devenir des ostéoclastes.
Bien sûr, il est un peu tôt pour penser aux nouveaux traitements qui pourraient découler de cette découverte. Mais c’est bien là l’espoir des chercheurs : qu’une meilleure compréhension de ces mécanismes permette de mettre au point un traitement commun aux atteintes articulaires et à la perte osseuse. |