" Dans les années 70/80, les traitements de routine pour la PR étaient les sels d’or. Le problème était qu’au bout de 5 ans, seuls 10 % des patients poursuivaient le traitement. En cause, l’efficacité sur le long terme et la tolérance. Dans les années 1980, le méthotrexate, un anticancéreux, prescrit à l’origine en cas d’échec des traitements avec les sels d’or, s’est avéré efficace en « première intention » pour la PR. Au bout de 5 ans, 50 % des patients poursuivaient le traitement : le progrès était donc notoire. Son utilisation réelle en première intention se situe au début des années 90, où il devient le traitement de référence ", nous rappelle Francis Berenbaum. Les années 90 seront celles d’une spectaculaire révolution avec l’émergence, dès 2000, de traitements totalement innovants : les biothérapies. L’arrivée des biothérapies a été rendue possible par les progrès de la recherche fondamentale qui permet de mieux comprendre les processus inflammatoires et les maladies auto immunes (voir encadré). "La connaissance des phénomènes inflammatoires aigus et chroniques, qui conduisent à la destruction des cartilages et des os, a beaucoup progressé dans les années 90 ", rappelle Françoise Russo-Marie. "Dans le processus inflammatoire, les deux cytokines en cause sont les TNF-alpha et les IL-1 (interleukine 1). Menées en Angleterre, les recherches de Marc Feldmann émettent l’hypothèse que si l’on inhibe le TNF-alpha au moyen d’anticorps, on contrôlera le processus inflammatoire ". Cette observation est à l’origine du concept de traitements à base de molécules " anti-TNF ". Pour Jean-Louis Pasquali, " il faut bien comprendre que ce qui a amené à découvrir l’effet des anti- TNF dans les pathologies humaines, est un travail fondamental qui ne cherchait pas à résoudre un problème thérapeutique. La découverte du TNF alpha est issue d’un travail fondamental en immunologie. On a cherché secondairement à comprendre son effet dans un processus inflammatoire, en particulier au cours des arthrites expérimentales chez la souris. Comme il était efficace de cibler cette molécule chez la souris, le pas a été vite franchi de se dire que ce devait être aussi efficace au cours de la maladie inflammatoire chronique, comme la polyarthrite rhumatoïde chez l’homme. C’est ainsi que les choses se sont passées ! " Les premiers essais sur l’homme remontent à la fin des années 1990. Aujourd’hui, des molécules bloquant le TNFalpha et l’interleukine-1 sont entrées dans la pratique courante pour les patients qui répondent mal aux thérapeutiques classiques. En parallèle, l’utilisation de traitement de base comme le méthotrexate s’est sensiblement amélioré. Ces recherches ont eu deux conséquences très concrètes : des mécanismes inflammatoires mieux compris, des outils thérapeutiques nouveaux. Quel chemin depuis le sel d’or ! |